mercredi 23 décembre 2009

Recto/verso: Felicity Lott et Isabelle Moretti (Opéra-Comique, 21 décembre 2009)

Beckmesser a été tellement partagé à l'issue de ce concert qu'il a décidé d'initié une nouvelle rubrique: Recto/verso, consacré aux spectacles (et ils peuvent être nombreux) qui laissent une impression totalement mitigée! Plusieurs points nous semblent prêter à discussion!

Tout d'abord le programme. Intitulé tout d'abord "autour de Messager", il parcourt une très large période, du XVIIIème siècle (et même d'avant, puisque des chansons populaires sont interprétées) au milieu du XXème siècle! Ceux qui pensaient trouver un programme strico sensu "autour de Messager" en seront pour leurs frais! Les autres trouveront un fil rouge à ce programme, insistant sur le rapport au folklore des compositeurs, à l'instar de Messager, dont la seule pièce interprétée est "L'Amour est un oiseau volage". Il faut tout de même avouer que ce fil rouge est très ténu, notamment pour certains intermèdes à la harpe, comme nous le verrons plus tard. De plus, nous nous demandons encore si la relative "facilité" du programme pour la chanteuse n'est pas une sorte de "cache-misère", afin qu'elle masque le déclin de sa voix en offrant...ce qu'elle peut encore offrir. Le programme de plus se situe vraiment à la limite de la musique classique, "Parlez-moi d'amour" et "Frou-frou" étant clairement au-delà de cette limite. Mais là encore, est-ce un vrai problème?

Nous ne saurions en outre définir le type de récital auquel nous avons assisté. Etait-ce un récital classique? Un Liederabend? Pas vraiment! Un canapé, un boa, un carafon et deux verres semblaient indiquer un "concept", une petite mise en scène, mais ils n'étaient là que pour que la chanteuse se repose pendant les intermèdes à la harpe, ils n'étaient que très (trop?) peu exploités scéniquement. Cependant, on reconnaîtra que les frontières parfois trop rigides du récital étaient quelque peu abolies: nous nous trouvions bien dans le salon de Dame Felicity Lott et d'Isabelle Moretti, elles devisaient devant nous, nous racontaient des histoires (celles des pièces interprétées, des compositeurs) de façon "naturelle", nous introduisant dans leur univers. Cela fonctionnait-il pour autant? Certains auront été gênés par un côté légèrement guindé propre à Felicity Lott, un manque de naturel d'Isabelle Moretti ("j'adoooooooooore Faust"), en faisant un peu trop; d'autre au contraire auront apprécié le chic de la chanteuse, ce positionnement à la limite de l'auto-dérision et du tragique, cette délicatesse de ton, cette absence de prétention.

Venons-en au concert proprement dit. Ce fut, il faut l'avouer, au niveau de l'ambiance, un moment assez délicieux, avec quelques moments de grâce. Nous noterons combien Felicity Lott est plus à l'aise dans le répertoire de la mélodie française, qu'en espagnol ou en italien où elle n'a pas grand chose à apporter, si ce n'est sa musicalité et son humilité (qui d'autre oserait dire "je ne connais pas très bien l'espagnol, vous me direz si je me trompe!"). En ce qui concerne les chansons populaires, on déplorera un manque certain d'émotion. Le frisson ne passe qu'épisodiquement, peut-être parce que la chanteuse ne se met pas (assez?) en danger; ainsi le point culminant du récital est à mon humble avis la mélodie de Messager, où enfin elle se fait, comme le texte le dit, "toute frissonnante".

La voix n'est plus intacte, elle graillonne quelque peu dans le médium et le grave, mais la musicalité est là, en témoignent de magnifiques nuances, notamment en fin de phrase. Et l'art de la diseuse est tout de même exceptionnel, avec un français toujours aussi irréprochable, ou presque.

Le concept de récital avec harpe pose aussi la question de l'articulation entre la voix et la harpe, si bien qu'on se demande finalement si Isabelle Moretti n'a pas fait un concert de harpe sur le dos de Felicity Lott! Entendons-nous bien, la complicité des deux artistes était belle à voir, mais en fin de compte on ne retiendra vraiment, peut-être, que les morceaux avec harpe, tant il nous a été donné de voir les multiples facettes de cet instrument - ce qui n'a pas été le cas pour la voix! Le récital s'ouvre avec un solo de harpe celtique, et est parsemé de plusieurs solos qui permettent à Isabelle Moretti de déployer tout son talent, de virtuosité, de toucher, et surtout de phrasés. Avec elle, la harpe chante, bouillonne, est un véritable orchestre à elle toute seule! Elle se fait même orchestre et chant, dans le Rondeau sur le trio "zitti, zitti" du Barbier de Séville, par Nicolas-Charles Bochsa, ou dans la Fantaisie sur Faust de Gounod, par Albert Zabel. Le public, venu en masse pour Felicity Lott, a dû être étonné d'entendre finalement si peu de sa chanteuse favorite, et tant de la harpiste, certes excellente, qui devait (pour lui du moins) "accompagner". Volonté de se ménager de la part de la chanteuse? Tremplin pour la harpiste? Passage de témoin? Réelle volonté de mettre à ce point en valeur la harpe par rapport au chant (et si c'est le cas, félicitons-en Felicity Lott de ne pas s'être mise en avant)? Coup de pub réussi d'Isabelle Moretti sur le public de Felicity Lott? Ce récital n'a pas été sans poser de questions, loin de là!

En bis, "Somewhere over the rainbow", puis de nouveau la mélodie de Messager.





2 commentaires:

Francesco a dit…

"Recto/verso", avec la photo des deux artistes dans les bras l'une de l'autre, ou presque, je t'avoue que je pensais à autre chose.
Je suis presque déçu, tiens ...

Beckmesser a dit…

Ah tu as finalement réussi à poster un commentaire! (j'ai "débloqué" l'accès aux commentaires entre temps)
Non mais ce n'est pas une rubrique "auto-reverse"!