mercredi 16 décembre 2009

Une "Bohème" à faire pleurer les pierres (TCE, version de concert, 15 décembre 2009)



Asher Fisch, direction
Anja Harteros, Mimi
Vittorio Grigolo, Rodolfo
Elena Tsallagova, Musetta
Levente Molnar, Marcello
Christian Rieger, Schaunard
Christian van Horn, Colline
Alfred Kuhn, Benoît
Rüdiger Trebes, Alcindoro
John Chest, un douanier
ll Hong, un sergent des douanes
Nam Won Huh, Parpignol
Orchestre de la Bayerische StaatsoperChoeur de la Bayerische Staatsoper, direction Andrés Máspero
Maîtrise de Radio France, direction Sofi Jeannin
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Il est des soirées que l'on attend avec un peu d'impatience et de curiosité, mais d'où l'on ressort totalement chamboulé. Celle du 15 décembre en fait partie. J'étais curieux de découvrir Anja Harteros en live, impressionné que j'étais par des extraits de son Elsa avec le Lohengrin de Jonas Kaufmann, de son Amelia Grimaldi avec Domingo à Berlin, ou de l'enregistrement du Requiem de Verdi avec Antonio Pappano. Dans une moindre mesure, j'attendais beaucoup de Vittorio Grigolo, jeune ténor qui monte, remarqué pour un beau Germont à Orange cet été, aux côtés de la Violetta jusqu'au boutiste de Patrizia Ciofi.
De la première à la dernière note, j'ai été totalement happé par cette représentation (et la Bohème en version de concert, c'est une sacrée gageure!) pleine de vie, de contrastes, de joie communicative de faire de la musique. Le chef d'orchestre Asher Fisch avait de l'enthousiasme à revendre, et pas seulement: quelle clarté dans la texture orchestrale de l'Opéra de Bavière! Quel sens des couleurs! Quel lyrisme! Quelle attention aux chanteurs! Une direction d'orchestre en tous points magnifique, enlevée, émouvante, entraînant les chanteurs dans un même mouvement.
Tous les chanteurs étaient concernés de la première à la dernière note. Des seconds rôles nous retiendrons essentiellement le Colline exceptionnel de Christian van Horn, à la ligne de chant et au mordant incomparables. Elena Tsallagova donne à Musetta sa jeunesse, son enthousiasme, son insolence, dans un portrait très réussi et jamais outrancier. Quant à Vittorio Grigolo, s'il séduit par ses élans juvéniles, son sens des nuances, il déconcerte par une tenue de souffle très particulière, "en accordéon" (des sons très enflés puis retenus), et inquiète par une certaine propension à forcer et à crier ses aigus; ainsi l'air du I ("Che gelida manina"), chanté dans le ton, le met à mal pour la suite de l'opéra. Ajoutons à cela une tendance un peu irritante à cabotiner, que ce soit sur scène ou aux saluts.
Mais la vraie triomphatrice de la soirée est sans conteste aucun Anja Harteros. La soprano allemande montre qu'elle est une des toutes grandes. Retenez-bien son nom! Une palette de couleurs incroyablement variée, du sombre au très clair, une facilité d'émission, une puissance vocale, une homogénéité remarquable sur toute la tessiture, de l'aigu très rond au grave jamais poitriné, et surtout ce qui distingue une bonne chanteuse d'une très grande: ce (grand) plus qui fait naître une émotion indescriptible. J'avais les larmes aux yeux dès son air du I ("ma quando vien lo sgelo" interprété avec un élan irrésistible), alors imaginez le III et le IV qui m'ont laissé complètement abasourdi par cette Mimì qui n'est en rien une soubrette, ni une victime. Quelle classe sur scène! Impossible de ne pas chavirer d'émotion et d'admiration devant une artiste aussi indispensable. Comment se fait-il qu'elle soit si rare à Paris?

Décidément, les versions de concert du TCE sont absolument exceptionnelles cette année, après Wozzeck, l'acte II de Tristan, et Don Pasquale. Jamais je n'aurais cru prendre davantage de plaisir dans des versions de concerts qu'en salle avec une "mise en scène", et pourtant...

4 commentaires:

AL a dit…

Pfffff !!!
http://www.youtube.com/watch?v=dQtjRX0roKE

Beckmesser a dit…

Estimons-nous heureux d'avoir pu écouter ce "tempérament de feu" au sein d'une saison marquant le "retour des grandes voix"!
Tamar Iveri est une artiste honnête, intègre, mais voilà...je ne ressens aucune émotion là où cet air (et sa suspension pianissimo finale!) m'a laissé sur le carreau hier soir!

Jean-Charles a dit…

Harteros avait chanté Eva à Bastille dans la version de concert de Meistersinger (2003-2004?).

Beckmesser a dit…

Ah, merci de la précision! Une époque où malheureusement je n'étais pas encore éveillé à Wagner (et donc habilité à ce pseudo)!